Eire Eco - Mars 2020

Vous trouverez ci-dessous le point sur la situation économique irlandaise du mois de mars 2020.

Macroéconomie

Croissance trimestrielle et annuelle du PIB – La première estimation du PIB pour 2019 publiée par le CSO (homologue irlandais de l'INSEE) fait état d’une croissance annuelle de +5,5% (après +8,2% en 2018). La croissance est ainsi révisée à la baisse par rapport à la précédente estimation du ministère des finances (+6,3%) mais en ligne avec celle de la Commission (+5,7%). Le PIB irlandais s’établit à 339 Mds€ en 2019.

Les principaux facteurs de la croissance en 2019 sont les exportations (+11,1%), la consommation des ménages (+2,8%) et la consommation des administrations publiques (+5,6%). L’investissement total progresse de +94,1% en raison des actifs incorporels (+70 Mds€); les importations étant augmentées dans les mêmes proportions, l’impact sur le PIB est neutre. Les investissements en machinerie et équipements enregistrent une baisse de -12,3% en raison d’une diminution du leasing aéronautique (-2,2 Mds€).

Le PIB du secteur de l’information et de la communication a connu une croissance de +18,5% en 2019 et s’établit à plus de 45Mds€. Le secteur dominé par les activités de leasing aéronautique a crû de +4,2% tout comme le secteur de la construction de +5,8%, le secteur agricole de +24,3% et l’industrie (sauf construction) de +4,0%. Seul le secteur du divertissement enregistre une baisse de -0,9%. La croissance du PIB au T4 2018 s’établit à +1,8%, soit la plus élevée au sein de l’UE.

Trim 

Selon le premier bulletin trimestriel de la Banque Centrale d’Irlande (CBI) publié en 2020, la croissance réelle pour 2019 est estimée à +6,1 %, soit en augmentation de 0,4 point de pourcentage par rapport à la précédente estimation. Les prévisions pour 2020 et 2021 ont été elles aussi réévalués à  la hausse, s’établissant respectivement à +4,8 % et +4,2 % (contre +4,3% et +3,9%). La croissance de la demande intérieure est quant à elle estimée à +4 % pour 2019, +3,75 % pour 2020 et +3 % pour 2021. L’économie irlandaise continue donc de croître à un rythme soutenu, en raison notamment des distorsions induites par l’activité des multinationales en matière d’exportations. La CBI souligne par ailleurs le risque de surchauffe pesant sur l’économie irlandaise, appelant le prochain gouvernement à ne pas promettre des dépenses publiques trop importantes. L’inflation (HICP) devrait s’établir à +0,9% en 2019, 1,4% en 2020 et 1,8% en 2021. A noter que les estimations de la CBI, publiées en février, ne prennent pas en compte l’impact du coronavirus.

 Ann

Selon son rapport annuel à l’attention du gouvernement irlandais, l’agence de notation Moody’s prévoit une croissance de +3,3% pour 2020 et +3,0% pour 2021, précisant que le Brexit reste le principal risque extérieur pour l’économie irlandaise. Malgré la résilience considérable dont a fait preuve l’Irlande durant la dernière décennie, le rapport note que le pays reste sujet à un haut degré de volatilité en raison de la présence des multinationales et de son intégration dans les chaines de valeur. Le rapport aborde également la question de la réunification de l’île d’Irlande, dans un contexte Brexit et élections générales ayant remis sur la table la question d’un référendum. L’agence de notation reste prudente et souligne les difficultés que représenterait une convergence économique entre les deux régions ainsi que les risques d’une réunification en matière de stabilité financière et budgétaire, sans pour autant les quantifier.

Activité économique – L’activité dans le secteur manufacturier irlandais continue de croître au mois de février 2020, à un rythme légèrement plus faible. L’indice PMI manufacturier irlandais s’établit à 51,2 en février 2020, enregistrant une diminution marginale de 0,2 point en comparaison au chiffre du mois précédent (51,4). Le PMI irlandais demeure supérieur au PMI manufacturier de la zone euro dont le score s’établit à 49,2 pour le mois de février 2020, mais devient inférieur à celui du Royaume-Uni (51,7).

Selon les entreprises sondées, leur activité a continué de se développer au mois de février 2020 principalement grâce à une augmentation des nouvelles commandes. Cependant, les entreprises ont souligné que le secteur manufacturier irlandais allait faire face à des défis majeurs dans les mois à venir notamment en raison du coronavirus et de son impact sur les chaines de production ainsi que du Brexit et de l’incertitude politique à la suite des élections générales du 8 février. Malgré une baisse, la confiance des entreprises du secteur manufacturier en février 2020 reste supérieure à celle observée durant le second semestre 2019.

Le PMI des services enregistre une hausse pour le quatrième mois consécutif et s’établit à 59,9 au mois de février 2020, soit 3,0 points de plus que le mois précédent (56,9 en janvier 2020) et son niveau le plus élevé depuis décembre 2017. Les entreprises sondées ont notamment rapporté un rebond des commandes sur le marché national ainsi qu’à l’exportation. Des pressions inflationnistes pourraient apparaitre dans les prochains mois, même si l’augmentation du prix des intrants indiquée par les entreprises n’a pour le moment pas été reportée sur le prix des services, suggérant une contrainte portée sur les marges. La confiance des entreprises du secteur des services quant au développement de leur activité sur les douze prochains mois enregistre une baisse, en raison des inquiétudes autour du coronavirus.

PMI

Chômage – Le taux de chômage se maintient sous la barre des 5% en Irlande. Le taux de chômage s’établit ainsi à 4,8 % corrigé des variations saisonnières (cvs) au mois de février 2020 (contre 4,8 % en janvier 2020). Le nombre de chômeurs (cvs) s’établissait à 120 100 en février 2020, soit 400 de plus qu’en janvier 2020 et 200 de plus qu’en février 2019. Le taux de chômage des jeunes s’établit à 11,4 % en février 2020, contre 11,5 % en janvier 2020. Selon le ministère des Finances, l’économie irlandaise opère actuellement à un niveau proche, voire au plein emploi.

 La parution du Labour Force Survey mi-février (publication trimestrielle du CSO traitant des évolutions du marché de l’emploi) souligne le rythme toujours soutenu de croissance de l’emploi en Irlande. En effet, le niveau total d’emploi a augmenté de +1,3 % au quatrième trimestre 2019 (en glissement trimestriel, corrigé des variations saisonnières). En glissement annuel, le niveau total d’emploi est en hausse de +3,5 % au quatrième trimestre 2019). La population totale active s’établit à 2,47M de personnes, en hausse de +2,6 % en glissement annuel, alors que le taux de participation a atteint son niveau le plus élevé depuis 2010, à 62,6%. La croissance de l’emploi est soutenue par l’accroissement de la population âgée de plus de 15 ans ainsi que par des flux migratoires favorables.

Chomage

 Immobilier – Selon les variations exprimées en glissement mensuel, les prix de l’immobilier à l’échelle nationale ont enregistré une diminution au mois de décembre 2019, dans la continuité du mois de novembre 2019. A Dublin, les prix de l’immobilier à l’achat sont en baisse (-0,8 % g.m) au mois de décembre 2019, tout comme le mois précédent (-0,2 % g.m). Hors Dublin, les prix de l’immobilier enregistrent eux aussi une diminution, pour le deuxième mois consécutif (-0,3 % en décembre 2019, contre -0,2% le mois précédent).

 Immob 1

Le second graphique présente les variations en glissement annuel des prix immobiliers. La croissance des prix de l’immobilier sur l’ensemble du territoire hors Dublin diminue alors que les prix de l’immobilier continuent de diminuer à Dublin, pour le cinquième mois consécutif. La variation des prix de l’immobilier à Dublin s’établit à -0,9 % en décembre 2019 contre -0,9 % en novembre 2019 et -1,5 % en octobre 2019 (g.a.). En parallèle, la croissance des prix de l’immobilier hors Dublin s’établit à +2,8 % en décembre 2019 contre +3,3 % le mois précédent (g.a.).

Immob 2

Secteur de la construction – Selon les données du CSO, le nombre de logements construit en 2019 a atteint son niveau le plus élevé de la décennie. Au total, l’Irlande a vu la construction de 21 241 nouveaux logements en 2019, contre 17 952 en 2018, soit une augmentation de +18,3 %. 6 450 nouveaux logements ont été construits au quatrième trimestre 2019, soit environ 30% du total en 2019. Ce chiffre encourageant reste cependant inférieur au nombre de nouveaux logements à construire chaque année, afin de satisfaire la demande, estimé par la Banque Centrale d’Irlande (34 000).

Selon la fédération du secteur de la construction irlandais (Construction Industry Federation), environ 8 500 des nouveaux logements construits en 2019 ont été mis à la vente, 4 392 ayant été acquis par l’Etat pour du logement social, 3 460 acquis par des fonds d’investissement et 5 068 ayant été construits à la demande de futurs propriétaires.

Salaires  Les salaires continuent de progresser en Irlande, dans le secteur privé tout comme dans le secteur public. Le salaire hebdomadaire moyen s’établit à 783,62 € tout secteur confondu, en hausse de +3,49 % au quatrième trimestre 2019 (au T3 2019, la croissance s’était établie à +3,55 % en g.a.). Le salaire horaire moyen a augmenté de +3,60 % en g.a, à 24,17 €. La croissance des salaires moyens hebdomadaires dans le secteur public s’établit à +2,74 % (en g.a.) au quatrième trimestre 2019, plus modérée que la croissance de ces mêmes salaires dans le secteur privé (+3,46 % en g.a.). Le niveau des salaires moyens hebdomadaires reste cependant bien plus élevé dans le secteur public (988,01 €) que dans le secteur privé (722,81 €).

Salaires

 

Finances publiques

Exchequer – Les recettes totales sur les deux premiers mois de l’année 2020 ont été estimées à environ +3,2 % au-dessus du montant cible mensuel principalement en raison de l’impôt sur les sociétés (+ 314M€) et de la TVA (+119M€). Elles sont supérieures de +13,8 % (glissement annuel) à celles de 2019, principalement du fait de l’impôt sur les sociétés (+242,8%), l’impôt sur le revenu (+14,6 %) et des frais de mutation (+19,9 %). Les droits de douane ont connu quant à eux une baisse substantielle de -24,1 % en glissement annuel.

Les recettes générées par l’impôt sur les sociétés (IS) au mois de février ont dépassé de +206,5 % le montant cible mensuel (non cumulé). En glissement annuel, les recettes totales cumulées issues de l’IS sont supérieures de +242,8 % aux recettes observées en 2019 à la même période. En isolant les résultats du mois de février, les chiffres du ministère des Finances irlandais font état d’une augmentation de +71,6 % des recettes d’IS (glissement annuel). Il est cependant trop tôt pour dire si les recettes des deux premiers mois, qui ont correspondu à moins de 2% du total des recettes de l’IS en 2019, seront représentatives de la dynamique pour l’année 2020.

Les dépenses du gouvernement central sur les deux premiers mois de l’année 2020 ont dépassé les plafonds inscrits dans le Budget 2020. Les dépenses courantes se sont établies à 10,5 Mds€, soit +1,1 % au-dessus des limites budgétaires et en augmentation de +2,5 % (glissement annuel).

Charge fiscale – Selon des données expérimentales publiées par l’institut européen de la statistique Eurostat, la charge fiscale du ménage médian en Irlande serait une des plus faibles de l’Union Européenne (20,2% du revenu brut disponible en 2015). L’institut a aussi mis à disposition ce même chiffre par quintile du revenu brut disponible, nuançant la réalité du système redistributif irlandais. En effet, la charge fiscale du ménage médian pour le premier quintile (les plus faibles revenus) est de 12,1% du revenu brut disponible, alors qu’elle est de 33,4% pour le ménage médian du 5ème quintile (les plus hauts revenus). A titre de comparaison, le Luxembourg, souvent comparé à l’Irlande en matière de modèle économique, affiche une charge fiscale du ménage médian de 20,6%, soit très proche du chiffre irlandais. Or, la charge fiscale du ménage médian pour le 1er quintile au Luxembourg est de 23,4%, contre 18,1% pour le ménage médian du 5ème quintile. Ces chiffres semblent confirmer la progressivité du système redistributif irlandais, idée notamment avancée début 2020 par le think-tank irlandais ESRI (Economic and Social Research Institute).

charge fiscale 1

charge fiscale 2

Discours de Pascal Donohoe – Lors d’un discours auprès des membres d’une des deux principales associations de comptables en Irlande, Pascal Donohoe, ministre des Finances intérimaire depuis les élections générales du 8 février, a mis l’accent sur le risque de surchauffe pesant à moyen-terme sur l’économie irlandaise. Au-delà de traduire le risque par les chiffres récents de croissance des salaires et de chômage, il a souligné l’importance de la matérialisation d’un excédent budgétaire pour les années à venir afin de conserver le rôle de stabilisation de la politique budgétaire, d’agir en prévention des risques et de se préparer à une réduction significative des recettes de l’impôt sur les sociétés. Discutant de la position européenne et internationale de l’Irlande post-Brexit, le ministre a souligné l’importance pour l’Irlande de trouver d’autres partenaires à la table des négociations de l’UE, citant notamment la ligue hanséatique (pays baltiques et Pays-Bas) comme substitut au RU. Le défi principal de l’Irlande à moyen terme sera de conserver un haut niveau de stabilité afin de rester un lieu attractif pour le monde des affaires et les investissements étrangers.

 

Secteur bancaire

Marché hypothécaire – Selon les données publiées par la fédération irlandaise des banques et des paiements (Banking & Payments Federation Ireland, BPFI), le montant total des prêts hypothécaires accordés est en augmentation de +10,7 % en janvier 2020 (en glissement annuel). L’encours total des prêts hypothécaires accordés en janvier 2020 s’établit à 744 M€, dont 371 M€ pour des primo-accédant. L’encours total des prêts accordés aux primo-accédant en janvier 2020 est en augmentation de +13,6 % (glissement annuel).

Rapport annuel des banques irlandaises – Les résultats annuels des trois banques principales irlandaises (Allied Irish Banks – AIB, Bank of Ireland – BoI, et Permanent TSB – PTSB) ont souligné les risques pesant sur la viabilité de leur modèle économique. Les profits agrégés avant impôts de BoI ont diminué de -19% en 2019 (s’établissant à 758M €), de même que ceux d’AIB enregistrant une baisse de -60% (à 499M€). Leurs marges nettes d’intérêt sont aussi en baisse : celle de BoI s’établit à 2,14% en 2019, après 2,2% en 2018, alors qu’AIB affiche une marge nette d’intérêt à 2,37% en 2019, après 2,47% en 2019. Afin de rétablir ses marges, AIB prévoit de supprimer 1 500 postes à l’horizon 2022, soit 16% de son nombre total d’employés. Pour mémoire, la banque a supprimé 500 postes en 2019 via le processus de départ volontaire. Le nombre total d’employés de BoI a chuté de -2% en 2019, s’établissant à 10 424.

Concernant les prêts non performants, BoI et AIB pourraient bientôt céder des portefeuilles de prêts hypothécaires, dans la lignée de PTSB ou Ulster Bank, malgré l’opposition de l’opinion publique quant à de telles transactions. BoI a réduit l’encours de prêts non performants dans son bilan de -1,5 Md€, le ramenant à 3,5Mds€. De son côté, AIB enregistre une baisse de 3,3Mds€ de l’encours des prêts non performants, passant de 6,1Mds€ fin 2018 à 2,8Mds€ fin 2019.

 

Investissement et compétitivité

Commerce extérieur 2019 – En 2019, les échanges commerciaux entre l’Irlande et le reste du monde ont atteint plus de 240Mds€, en hausse de + 3,9% par rapport à 2018. Les exportations irlandaises de biens restent dominées par les produits chimiques et pharmaceutiques et enregistrent une augmentation de +8,5% sur l’année, s’établissant à 152 Mds € - un record historique. Les importations ont quant à elle diminué de -3,0%, s’établissant à 89 Mds €. Le solde commercial enregistre ainsi une hausse substantielle de + 30%, à +63 Mds €. Les Etats-Unis demeurent le principal client de l’Irlande, constituant 30,8% de ses exportations, alors que le Royaume-Uni se maintient comme son principal fournisseur, représentant 22,8% de ses importations. La France est le 3e fournisseur de l’Irlande avec près de 13,4% de part de marché et son 9e client. Elle demeure son premier déficit, à -6,6 Mds €, en raison principalement de la comptabilisation des acquisitions d’aéronefs par les sociétés de leasing. 

 

Elections générales

Point d’étape - Après la session du parlement irlandais le 20 février (1ère session post élection), le gouvernement en place avant les élections a été nommé gouvernement intérimaire (« care taker ») par décision du Président de la République, et ce jusqu’à l’approbation d’un nouveau gouvernement par le parlement. Aucune norme ne restreint les compétences du gouvernement intérimaire. Dans l’intervalle, les tractations continuent entre les partis politiques pour former une coalition. Lors de la seconde session post élection, ayant eu lieu le jeudi 5 mars, les députés n’ont pas abordé la question du prochain gouvernement, maintenant le statu quo. La situation actuelle pourrait perdurer plusieurs mois. En 2016, le gouvernement a été formé en mai pour des élections au mois de février. Selon la banque irlandaise Bank of Ireland, l’incertitude politique nationale pourrait ralentir la croissance du pays.

 

LE CHIFFRE DU MOIS

0,4

Il s’agit des dépenses du gouvernement consacrées à la protection de l’environnement exprimée en pourcentage du PIB. L’Irlande se positionne ainsi parmi les cinq pays de l’Union Européenne dont les dépenses consacrées à la protection de l’environnement sont les plus faibles, derrière : la Finlande (0,2%), Chypre (0,3%), la Lituanie (0,3%) et le Danemark (0,4%). Les trois pays de l’UE dont les dépenses gouvernementales associées à la lutte contre le changement climatique sont les plus élevées se trouvent être : les Pays-Bas (1,4%), la Grèce (1,3%) et la Belgique (1,3%). La France quant à elle se positionne à la 5ème place avec des dépenses consacrées à la protection de l’environnement s’élevant à 1,0%.

Chiffre mois

 

Evolution des indicateurs macroéconomiques

Tableau mensuel

 Mensuel

Tableau annuel

 Annuel

 

Source: https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2020/03/10/eire-eco-mars-2020

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